Hipster et marques : une belle histoire de désamour

Si le hipster attire les railleries de nombreux moqueurs, il provoque surtout la curiosité et inspire tout ce(ux) qu’il rejette : le non-original, le commun, le quidam, la pensée dominante, la masse… et quelques directeurs marketing dans l’impasse. Une telle curiosité, que cet être à la pointe des tendances et fervent pratiquant d’une alter-consommation avant-gardiste est devenu en quelques années - malgré lui- « so mainstream » ! De l’emblème d’une cool attitude il est en passe de devenir le symbole d’une ridi-cool désuétude…


HISTOIRE/ Le mot  hipster suit chaque jour un peu plus une voie de vulgarisation et notamment en étant employé 250 fois par an depuis 2005 par les journalistes du NY Times, ou encore en faisant la une de courrier international fin 2010. Mais tout le monde ne connaît pas encore la signification de cette dénomination fourre-tout ou du moins son origine. Dans ce cas, un petit rappel historique s’impose en cliquant sur ces liens. Ici, ici et .



ESPECE DE HIPSTER/ Comme tout groupe social, la communauté hipster a –à son plus grand désespoir- ses codes et de nombreux points de saillance : vestimentaire, capillaire, alimentaire, musical… Mais contrairement aux autres groupes culturels il existe cette forme de déni empêchant toute revendication d’appartenance.  En effet, s’ils n’ont aucun mal à remplir à eux seuls une salle de cinéma projetant un film de Xavier Dolan, aucun n’osera se reconnaître en l’autre assis le plus proche. Non, tous les gens dans cette salle ont tout simplement comme eux bon goût. Ni plus ni moins.
Impossible pour eux de s’autocataloguer dans un sociostyle car ils sont justement animés par une volonté de singularité. Et puis aussi parce-que tout comme la désignation BoBo il y’a quelques années, aujourd’hui le mot hipster a plus de connotations négatives que positives et ne peut ainsi donc être érigé en nom fédérateur  et revendicateur.
Le mal du hipster est bien de se faire traiter de hipster, ne serait-ce que sur le ton de la rigolade avec un « Sale hipster ! » un brin moqueur. Et pourtant il semblerait qu’il soit destiné à devenir l’objet d’une risée toujours plus généralisée et notamment cristalisée par la vidéo « Being a dickhead it’s cool ».

Mais si ces supports anti-hipster au nom doucement virulent n’hésite pas à se moquer en usant et en abusant de clichés (au propre comme au figuré), ils sont avant tout les témoins de la substantielle existence de cette culture incarnée et pourtant révoquée par un groupe social aux traits communs (et destiné à devenir ô très commun…). Car tout comme la caricature, le cliché est une exagération de l’existant. CQFD : Donc oui et qu’importe ce qu’en disent les principaux intéressés, il existe une culture hipster et en pleine expansion de surcroît !


LA PROLIFERATION/ Plus que l’existence de cette vraie/fausse contre-culture (largement discutable), ce que je souhaite exprimer à travers ce post est l’établissement d’une esthétique hipster dans notre société. Car c’est bien celle-ci qui est en pleine dissémination et propagation internationale, devenue malgré tout une référence et une source d’inspiration et devenant peu à peu une nouvelle norme, un nouveau diktat du beau et du bon goût. La superficialité, autrement dit l’apparence, de ce phénomène culturel (pléonasme pour certains) pseudo-marginal imprègne plus largement la culture de masse. Notamment car de nombreuses marques en proie à la ringardise tente de recapitaliser sur une image d’avant-garde/trendy supposée conférée par l’appropriation de la stylistique hipster (graphisme, mode, vidéo, coiffure, attitude, etc…)
J’oppose donc  ici la superficialité du mouvement hipster à ses pratiques. En effet, tous les français ne vont pas monter sur un fixie dans les années à venir, cotoyer des libraires indépendantes et fréquenter des squats d’artistes…

LE COMBLE/ Si les hispters prennent un malin plaisir à déjouer ou détourner certains éléments pop-culture pour mieux se les réapproprier, c’est aujourd’hui eux qui sont au centre du grand détournement des phénomènes culturels orchestré par la publicité. Et il semblerait que les marques de vêtements en quête de jeunisme ne soient pas les dernières (ni les premières) à trinquer avec la hype pour tenter de séduire à nouveau. Mais en croyant se démarquer et flirter avec une esthétique pointue, elles ne sont finalement qu’en train de suivre une mode. Celle des « branchés », discréditant ainsi toujours plus la volonté originelle des hipsters-pionniers-from-Brooklyn-dudébutdesannées2000 de se déconnecter des dogmes et du prêt-à-penser de notre société capitaliste.


Ndlr : A l’inverse, pendant le même temps, The Kooples (marque de branchés mais désormais pratiquement has been) suit une logique de mainstreamisation en se payant 2 icônes de la pop-culture : Cantona et Beigbeider…

  1. thefrencheyespy a reblogué ce billet depuis laorte
  2. laorte a publié ce billet